lundi, novembre 13, 2006

Katagami - Pochoirs japonais

Que de finesse, de délicatesse, de beauté et de talent, sasuga nihonjin! (sacrés Japonais!) C'est avec enthousiasme que j'ai découvert une série de pochoirs japonais à la Maison de la Culture du Japon, dans le cadre de l'exposition Katagami - les pochoirs japonais et le japonisme qui se tient jusqu'au 20 janvier.
Il s'agit de pochoirs en papier d'écorce de mûriers, finement et artistiquement découpés en forme de motifs, servant à teindre les tissus pour vêtements. J'ai connu cet art parce qu'un jour ma mère en a trouvé trois dans une broquante (oui, à Paris!), trois magnifiques pochoirs qu'on s'est empressées de mettre sous verre pour les protéger et les accrocher au mur. Je croyais à première vue qu'il s'agissait d'oeuvres sur papier à part entière, grand fut mon étonnement lorsqu'elle me dit que ce sont des pochoirs, intermédiaires donc à l'art du textile japonais. Mais franchement, ces rectangles de papier encadrés tels quel deviennent à eux seuls de véritables oeuvres d'art. J'étais donc très contente de pouvoir en admirer toute une série, avec des motifs bien différents, à la Maison du Japon.


L'exposition peut se diviser en trois points : la présentation d'une vaste sélection de pochoirs, une autre de beaux kimonos décorés au pochoirs, et un dernier point évoquant l'influence du Katagami sur la création occidentale.
La première partie de l'exposition réunit donc de nombreux pochoirs datant pour la plupart des XVIIIe et XIXe siècles. Cet artisanat apparait et se répand au Japon au cours du XIIIe siècle! Il ne s'agit pour eux que de simples outils de l'industrie textile japonaise, mais la minutie et l'élégance de leur travail nous trouble. C'est ce que j'ai toujours admiré chez les Japonais : rendre l'utile à l'agréable... ou plutôt l'utile à la beauté. Pouvoir concevoir des outils et des objets du quotidien en objet d'art. Ils sont incroyables... combien de vaisselles, de mouchoirs, de tabliers, etc, qu'on a même pas envie d'utiliser tant la beauté de leur création est grande! Ces pochoirs sont l'illustration de cette magie : la finesse du trait, l'harmonie des formes et la précision du tracé donnent de superbes motifs. Ce que je reproche à l'exposition, c'est de ne pas avoir détaillé l'aspect confection de cet artisanat. Pourtant, au rez-de-chaussée, à côté de l'accueil, ils diffusent en boucle un documentaire sur la fabrication des Katagami. Heureusement que je l'avais déjà regardé, ça m'a permis de mieux apprécier la vision des pochoirs. Mais ils auraient dû à mon sens faire une petite partie sur ce sujet au sein même de l'exposition, au lieu de ne montrer que le résultat. Car le travail des artisans est tout à fait impressionnant! On y voit les outils qui permettent une telle minutie, la préparation du papier, bruni avec du kaki (le fruit), et la gestuelle des artisans. Je me suis amusée à observer d'autres jours les visiteurs, beaucoup étaient totalement hypnotisés et épatés par ce travail!

La deuxième partie quant à elle nous présente plusieurs kimonos anciens, portant comme particularité la teinture au pochoir : tenues de samouraïs, costumes d'acteurs de théâtre Kyôgen, kimonos pour femmes de l'ère Meiji (1868/1912), ou encore costumes traditionnels d'Okinawa. Sompteux.

Enfin, ce que j'ignorais le plus, c'est l'objet de la troisième et importante partie. Au cours des années 1850, le Japon s'ouvre à l'occident, et le japonisme commence. Alors que l'industrie textile japonaise, en pleine mutation, commence à se désintéresser du katagami, beaucoup d'artistes ocidentaux en deviennent friants et les importent, pour s'en inspirer. Cette seconde section de l'exposition se propose ainsi de montrer de quelles manières les grands foyers artistiques occidentaux - Vienne, Paris, Bruxelles, Londres - se sont réapproprié l'esthétique des katagami. Et le résultat est assez impressionant, j'ignorais complètement que de tels mouvements artistiques majeurs (en particulier l'Art nouveau et l'Art déco) avaient trouvé une telle inspiration nouvelle dans ces formes raffinées venues du Japon. Et voir le résultat à l'exposition était très intéressant. Architecture, meubles, tableaux, graphisme pour livres et affiches, bijoux, vêtements sont des exemples de supports sur lesquels nous pouvons voir l'influence de la virtuosité japonaise.
Pour citer quelques noms : Joseph Hoffmann et Koloman Moser (Vienne), Siegfried Bing, les bijoux de Lalique, Guimard, Vallotton et les étoffes de Mulhouse (France), Victor Horta et Henri van de Velde (Belgique), et des artistes anglais liés au mouvement Art and Crafts. Ci-dessous quelques exemples de motifs katagami.



"Katagami, les pochoirs japonais et le japonisme"
du 19 octobre au 20 janvier 2007
à la Maison de la Culture du Japon
Entrée de 4 à 6 euros

8 commentaires:

lotusgreen a dit…

i loved to read this--thank you! i wish i could come to paris to see the exhibition!

Nathako a dit…

Welcome Lotusgreen!
And thanks for your comment.
I saw your blog, you do a very interesting work and research about "Japonisme", great!
I'll read it more quitely soon, but it seems very interesting :-)

It's so bad that someone like you can't see this exhibition...!

A suivre...

o habitante a dit…

La simplicité complexe des japonais.
Is one of the reasons I love this culture.
- Une raison platonique.

_you said:

"But I think that Tokyo is very different from HongKong, because Japan and Japanese are very particular and special culture and population compared to the entire Asia."

je di:
-Absolument d'accord.

"Furin" Pardon :-)

Nathako a dit…

Absolument, la "simplicité complexe", tu sais trouver les mots :-)

Can you tell me how a simply black bowl can be extraordinarely beautiful? Only Japanese can do it...
Maybe it's in the sensitiveness of this simplicity.

For me it has always been a pleasant mistery :-)

Karin a dit…

Ciao nathako!

Tu m'as convaincue d'aller voir cette expo...ça a l'air sublime!
Je vais la recommander à Sarah, je pense que ça l'intéressera au plus au point.

Au fait, de quelle broquante s'agissait-il?

Nathako a dit…

Ciao Karin, todu bem?!
Oh oui, tu as tout à fait raison, Sarah doit voir cette expo si elle est sur Paris en ce moment!
Et toi aussi, je t'impose sa visite :-p je suis sûre que ça t'intéressera.

La broquante en fait c'était le Marché aux livres anciens qui se tient depuis des années au parc Georges Brassens (15e, à deux pas de chez Audrey), tous les dimanche (et peut-être samedi) matin. Ce marché est une véritable mine de petits trésors, d'une richesse insoupçonnable à cause de sa petite taille :-)

Aurore a dit…

Hello !

Je suis à la recherche d'un stage de katagami, en connaissez-vous ?

Nathako a dit…

Bonjour Aurore!

Je suis désolée, je n'ai pas entendu parler de stage de Katagami, mais je dois avouer que je n'ai pas cherché à en trouver... Je pense que ça doit être très rare comme stage, même au Japon ce n'est pas une discipline très courante...

Il faudrait demander à la Maison du Japon, ou aux centres culturels franco-japonais, ils sont bien placés pour avoir ce type d'informations.

Si jamais, avec un grand SI, tu trouves ton bonheur, pourrais-tu passer l'info sur ce blog?!
Moi ça m'intéresserait, et les lecteurs de ce post aussi peut-être :-)